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30 mars 2017

Lavoir ancienne chapelle Notre-Dame de la Fontaine à Gallardon


Isolé dans une petite ruelle à l'écart du centre de Gallardon se trouve l'ancienne Chapelle de Notre-Dame de la Fontaine, aujourd'hui devenue un lavoir.



Ce lavoir est un peu difficile à trouver, combien de fois suis-je passée par là sans connaître son existence ...

 Il se situe en bas de la grande place du Jeu de Paume qui s'étale devant la mairie, de l'autre côté du carrefour en remontant la pente vers Montlouet, sur la droite. Un petit panneau l'indique, sur le côté de la "Place de la Fontaine", ruelle de la Source.


SON HISTOIRE :

S'il ne reste de nos jours que la magnifique église paroissiale du bourg de Gallardon, on y a pourtant compté jusqu'à 5 chapelles, rattachées à des oeuvres charitables ou des congrégations, certaines légérement en périphérie, ... L'une d'entre elles était vouée à une dévotion plus particulière, il n'en reste aujourd'hui qu'un ultime vestige transformé en lavoir. Il s'agit de Notre-Dame de la Fontaine. D'où lui provient cette référence à une fontaine ?

Du temps où la ville possédait encore son enceinte (cf l'article sur l'Epaule de Gallardon), Notre-Dame de la Fontaine était située dans le faubourg dit du Bourget à l'extérieur de l'enceinte. On le dénommait aussi le Bourg ou Germonval ou Yermonval (liaison entre le "mont" et le "val" où coule la petite rivière de l'Ocre). Ce faubourg était séparée de la ville par la Porte dite Notre-Dame. Dans les temps les plus anciens, il était même protégé par un ancien burgum romain (construction militaire) élevé sur cette petite colline.

Il est supposé que ce lieu existait du temps celte, on parle du Clos Jouin ("tannière du petit Dieu Jou" ?) dans un livre sur les rapports entre mythologies et hydraulique (5). Il semblait aussi lui être associé une légende celte reliant la fontaine Notre-Dame à la rivière l'Ocre qui arrivait d'Ecrignolles à Gallardon justement par Germonval ( ... l'eau de la vierge Notre-Dame supposée être dans ce mythe la partie "purifiée" de l'Ocre par son passage en sous-sol avant de rejoindre la Voise...)
De nos jours sur une carte simple comme GoogleMap,  il est difficile de suivre le cours de l'Ocre qui semble "canalisée" voire déviée avant de rejoindre la Voise ou le Canal Louis XIV sans doute en sous-sol..... et l'eau y apparait bien comme issue d'une source à l'emplacement du lavoir .... Il faudrait trouver une carte du réseau hydraulique dans cette zone pour en vérifier l'hypothèse ....

On en a donc déduit qu'un premier oratoire avait dû être élevé par les premiers chrétiens au-dessus de cette source déjà honorée par un culte druidique et que ce lieu fut sans doute récupéré comme batistère primitif (6).

A la fin du millénaire le burgum romain étant peut-être en ruines, les habitants du Bourget quittent leur habitations pour se protéger des incursions des normands à l'intérieur de l'enceinte de la ville et du nouveau château fort. La source de Notre-Dame et son oratoire conservent cependant leur intérêt attirant même un pélerinage.

En 1416, une demande est faite à l'évêque de Chartres pour y construire un bâtiment capable d'accueillir les nombreux pélerins. C'est ainsi que l'oratoire devient la chapelle de Notre-Dame de la Fontaine. On y vient demander de l'eau les années de sécheresse.
Une description plus tardive en donne un maître autel isolé et construit en dur au-dessus de la source. Sous l'autel un petit bassin. On passait en procession devant, le curé y trempant les mains et s'aspergeant comme avec de l'eau bénite puis venait le tour des paroissiens et le curé finissait souvent trempé par ceux-ci !!! (6)

la source de Notre-Dame de la Fontaine
(il s'agit en fait du bassin de trop plein qui était situé en dehors de l'église ... et non celui de l'autel )

la source de Notre-Dame de la Fontaine

Petit tour dans les archives .... En 1670 est effectué un inventaire général des meubles et ornements, titres et enseignements de la chapelle de Notre-Dame de la Fontaine en même temps que celui de la fabrique de Gallardon (mais le contenu n'est pas notifié sur ce document) (3). En 1719, on trouve trace dans les archives ecclésiastiques d'une vente de terres à Notre-Dame de la Fontaine (1). En 1738 on parle d'un accord avec un marchand mercier pour le "tour d'échelle" de la chapelle (3). Entre 1751 et 1761, une niche est construite à Notre-Dame de la Chapelle (2*). A cette époque elle contenait 2 autels, un dédié à la Vierge Marie, l'autre à Saint Antoine, et était assez richement décorée, elle possédait même un petit campanile.

le lavoir avec la source de Notre-Dame de la Fontaine

En 1775, des pierres provenant de la porte Notre-Dame démolie lors de l'empavage de la route au niveau du Pont Notre-Dame doivent être réutilisées pour le bassin et le mur de la chapelle (7).
Pendant la Révolution, la chapelle est partiellement détruite. Dans le Bulletin d'Histoire de la Beauce il est même affirmé qu'elle fut vendue et servie pendant un temps de salpétrière (7).


ET DE NOS JOURS :
à part le mur de droite, le reste de la chapelle et la source se situe actuellement sous un parking 
le lavoir est indiqué à droite sous une forme différente (?) (source (6))


Vestiges des Contreforts
Dans les Archives du Diocèse de Chartres de 1900 (6), on trouve ce plan de la Chapelle de la Fontaine où le mur en rond-point de l'abside semble encore exister, construit en pierre meulière avec des contreforts en grès sur une hauteur de 3 mètres ....
L'image donne l'impression que l'ensemble est en léger contrebas (?).

Déjà à cette époque la source alimentait seulement un lavoir communal dont je n'ai trouvé aucune date pour l'édification .... et sur une maison un peu plus bas en allant vers la mairie, on pouvait distinguer une colonne pouvant provenir de la chapelle (décorée, peut-être de l'archivolte de la porte d'entrée ?? ) (6).

En 2016 cette colonne est toujours visible, sur une maison privée. Par contre de la chapelle ne reste que le mur avec des bouts des anciens contreforts et un bassin carré surmonté d'une arcade ogivale qui permettait de recevoir le trop plein du bassin principal situé sous l'autel (cf photo plus haut).

Une petite porte a été créée à l'opposée de l'ouverture sur le plan, est-ce la porte d'origine "déménagée" de ce côté à la construction de la rue ?

petite ouverture - côté lavoir

Ouverture côté parking

Si le lavoir est encore alimenté par la source, son eau s'évacue de nos jours vers le Canal Louis XIV au niveau du Parc des Oseraies derrière la salle polyvalente.

Evacuation de l'eau par un petit rû vers le Parc des Oseraies

Le reste a été transformé en parking qui recouvre donc le bassin de la source principale .... et le lavoir est de configuration différente.

Sur le plan il était légèrement oval, il est maintenant constitué de deux "préaux" de chaque côté du bassin ... où les canards aiment à se reposer ...


Premier "Préau" du lavoir couvert

Second "préau" du lavoir couvert

charpente du lavoir

détail de la charpente


La dévotion envers cette source existe encore et on la retrouve sur les listes des "sources miraculeuses" pour les maladies de langueur des enfants et non plus pour éviter la sécheresse ... ce qui semble être un bizarre déplacement de la croyance populaire depuis la chapelle St Mathieu elle aussi disparue ...







SOURCES :

(1) - Inventaire sommaire des archives ecclésiastiques antérieures à 1790 - Chartres 1978 (H5700)
(2) - Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790 - archives ecclésiastiques - Chartres 1894 (*G 5079 - Gallardon St Pierre St Paul)
(3) - Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790 - archives ecclésiastiques - Chartres 1894  (Gallardon Notre-Dame de la Fontaine)
(4) - Histoire de la ville de Chartres, du pays chartrain et de la Beauce par M.Doyen (1784)
(6) - Eglises et Chapelles du Diocèse de Chartres - par l'abbé Ch.Métais - Archives du Diocèse de Chartres (1900) - biblio.Université du Michigan, digitalisé par Google (Les Chapelles de Gallardon p.285 fichier pdf) - Certaines des informations dans cet ouvrage sont reprises je pense des "Notes historiques sur le Marquisat de Gallardon" écrit par Saunier en 1773. Celui-ci est aussi repris dans la référence (7) suivante.
(7) Bulletin Histoire de la Beauce 1991 - Les Marquis de Bullion - baron et marquis de Bullion, responsables des travaux d'aménagement de Gallardon au XVIIIe notamment sur les routes venant de Chartres et de Montlouet



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