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23 juin 2016

l'Epaule de Gallardon


Lorsque l'on approche de la petite ville de Gallardon, il est deux constructions qui se distinguent de très loin : son clocher élancé et .... une structure ressemblant à une tour auquelle il manquerait une moitié ... Et plus on s'approche plus on s'étonne de l'équilibre de cette dernière ...
Il s'agit de l'Epaule de Gallardon, seul vestige du château médiéval et de son enceinte fortifiée.

Bon allez, comme d'habitude petit cours d'histoire .... j'ai vraiment intérêt à réviser mon histoire médiévale quant à moi, je la trouve de plus en plus compliquée au fil de mes recherches pour mes articles (Geoffroi I ou II, Hubert, Hervé, mais ils se ressemblent tous dans cette famille ! .. quel Charles, mais Jeanne elle était déjà morte ? ... questions sorties de mon petit cerveau en essayant de recouper les différentes sources ... pffff ...... !!! .... donc j'espère ne m'être pas trop emmélée ).



Forteresse et Enceinte Médiévales -- Un peu d'Histoire

Un bastion existait déjà peut-être sur ce promontoir vers les VII-VIIIe s. La première forteresse de Gallardon daterait du Xème siècle, probablement construite en bois. Elle appartenait sans doute à Guillaume, chevalier de Saint Prest, le plus ancien seigneur de Gallardon connu, mais il en fut chassé par le roi Robert qui fit raser le château.

Les querelles de Fulbert et Geoffroi :

Ces terres échoient au XIème siècle à Geoffroi vicomte de Chateaudun et comte du Perche qui en 1025 fait reconstruire en pierre la forteresse. On en retrouve la trace par des écrits de Fulbert, alors évêque de Chartres, qui s'en plaint auprès du roi et menace d'interdire toute célébration religieuse dans le diocèse. Il excommuniera Geoffroi qui lui se vengera sur les terres de l'évêque ! Un vitrail de la cathédrale de Chartres en témoigne encore ! Pourquoi cette querelle ? Parce que Geoffroi, en construisant Gallardon et une autre forteresse à Illiers, aurait pu menacer Chartres, et ainsi les terres de l'église, dont Fulbert protégeait l'indépendance. Geoffroi se soumettra en 1029 et fera construire l'église du Saint-Sepulcre de Chateaudun pour son pardon.


les Fortifications :

Le château était constitué d'une basse-cour, du donjon de 38 m de haut, le tout entouré d'une enceinte quadrangulaire de 350 m flanqués de 8 tourelles et protégées de fossés de 20 m de large pour 8 m de profondeur. Cette tour servait de logis pour les gardes et comme elle dominait alors les alentours elle servait aussi de vigie, prévenant de toute attaque voire invasion.

Les fortifications de la ville se renforcent elles aussi au fil du temps. Le bourg prenant de l'importance au XIIème siècle, Hervé de Gallardon fait ajouter 5 portes chacune dotée d'une herse, d'un pont-levis et d'un bastion. Ces portes sont la Porte Mouton, Notre-Dame de la Fontaine, les portes de Chartres, de la Herse et de la Bretonnnière. Elles étaient entourées de fossés secs sur les pentes (par exemple au niveau de la Place du Jeu de Paume actuelle) ou de douves remplies d'eau du côté de la vallée. Dans une autre référence, on parle aussi de la porte de Gas.

En 1316, une chapelle sous le vocable de la Sainte Trinité est construite dans l'enceinte du château par Jeanne, dame de Gallardon.

Epaule de Gallardon

Sièges et destruction :

Lors de la guerre de 100 ans, la forteresse subira 8 sièges consécutivement (de 1358 à 1443). En 1417 la ville est prise par Jean duc de Bourgogne par exemple.

En 1443, la ville est tout d'abord perdue par le Dunois (un ancien compagnon de Jeanne d'Arc) qui en faisait le siège face aux Anglais puis reprise peu de temps après ...

Le donjon est détruit par Dunois sur l'ordre du Dauphin, futur Charles VII, afin d'éviter qu'il ne retombe aux mains des Anglais. Il fera démolir le château grâce à un travail de sape des fondations par le creusement d'un tunnel aux étais duquel le feu est mis, entrainant l'écroulement du bâti. Pourtant une partie de la tour restera debout et l'est toujours depuis plus de 500 ans !

Le château appartenait à cette époque au duc Jean d'Alençon, comte du Perche, qui tenta de s'allier avec les Anglais contre Charles VII.

détail d'une gravure de Cl.Chastillon (1560-1616) - Gallardon à la fin du XVI/début XVII trouvée dans (ref3) -- la tour - les restes de l'enceinte quadrangulaire du château en partie détruites et au moins 6 tourelles dont 1 poterne d'entrée -- L'auteur du livre (postérieur à la gravure) pense que la petite tourelle juste à gauche de la tour  pourrait être la chapelle de la Ste Trinité (?)

Les archives de la ville seront semble-t-il détruites à la même époque ce qui ne laisse aucun document "direct" de ces périodes sauf de très rares écrits relatant ces faits d'armes.


Depuis ... 

Au XVIIème, les vestiges des murailles existent encore, une lettre patente du roi datée de 1655 élevant la baronnie au titre de marquisat parle d"'une petite ville fermée de murailles ..."

On n'a retrouvé de cette époque que 2 estampes dont voici la reproduction de l'une d'entre elles, réalisée par Tassin (celui-ci était sans doute cartographe du roi, pas beaucoup d'informations sur lui ... il a édité en 1636 "Plans et Profils de tovtes les principales villes et lievx considérables de France"). On y voit encore l'enceinte, les tourelles et des portes ....

reproduction d'une estampe représentant "Gaillardon"
 tirée d'un ouvrage de Tassin (XVIIe)
(source vente Ebay et panneau descriptif au pied de l'Epaule de Gallardon)


La seconde illustration de ces ruines du château et de l'enceinte est cette reproduction d'une gravure de Cl.Chastillon (1560-1616, ingénieur topographe du roi) dont j'ai repris un détail plus haut et sur laquelle on voit distinctement la tour en ruines entourée de son enceinte rectangulaire dont quelques pans sont écroulés et quelques tourelles, le reste des bâtiments de la forteresse étant invisibles, on peut supposer qu'ils ont été rasés. (visible sur archives28.fr dans le fonds iconographique, collection Jusselin - lien direct sur la gravure)


Jusqu'en 1751, on arrivait de Chartres dans Gallardon par le hameau du Pont (l'actuel Pont-sous-Gallardon) par "une cavée longue et tortueuse, sans doute une ancienne tranchée" qui est remplacée par un nouveau chemin peu après.
A la même époque les portes de la ville existaient encore. Elles sont décrites par Saunier (ref2) avec des vestiges de bastions qui en défendaient l'entrée. Il rajoute qu'en 1707 des corps de garde y existaient encore, couverts de tuiles avec la place de la herse et l'emplacement des bascules de pont-levis. Mme de Bullion, veuve du marquis de Gallardon, demanda à ce que ces tuiles soient enlevées suite au danger que présentait leurs chutes répétitives pour les passants ... de ce fait les bâtiments non protégés commencèrent à dépérir.

CPA Porte Mouton
En 1775, les portes de la Bretonnière et de Notre-Dame sont démolies pour servir de matériau lors de l'empierrage des chaussées, l'élargissement du Pont Notre-Dame sur la route de Montlouet et des travaux sur Notre-Dame de la Fontaine. On cherche alors à relancer l'économie de la ville en créant de nouvelles foires (la foire annuelle de la Saint Mathieu n'attirant plus grand monde) et pour cela il faut des chemins d'accès praticables.

Si on essaie de se situer par rapport au plan actuel de la ville, aux noms des rues et ce que l'on sait des démolitions des portes :

La  Porte Notre-Dame se situait en léger décalage par rapport à l'actuel pont menant à Montlouet, longtemps appelé le Pont Notre-Dame, et situé au bout de l'actuelle rue Notre-Dame en bord du ruisseau de l'Ocre.

La Porte de la Bretonnière se situerait au niveau de la mairie, au bout de la rue Pierre Martin.

La Porte de la Herse serait à l'intersection entre la route de Gallardon et la rue du Marché au Blé (donc au niveau du Monument aux Morts - anciennement appelé aussi le "Coin de Gas" ce qui par extension aurait aussi pu être le nom de la porte comme en faisait état une autre référence ?) ... tandis que la Porte de Chartres serait en bas de la rue qui porte son nom actuellement, rue de la Porte de Chartres, en bordure du canal.

Seule la Porte Mouton subsistera jusqu'en 1848. On la situerait actuellement un peu après la rue descendant vers le collège (vers le hameau de Marly à l'époque), la rue en a gardé le nom rue de la Porte Mouton.


Pour avoir un aperçu du village à cet époque, je vous renvoie au site généalogique de la famille Pelletier qui présente 2 tableaux : le premier montre la ville avec son enceinte vers 1780, le second au début du XIXe présente la porte Mouton avant sa destruction (collection privée).



Une plaque sur la tour explique que celle-ci a été offerte (sans doute par le domaine d'Eclimont dont elle était encore une dépendance à la fin du XIXe et dont les propriétaires étaient les descendants des marquis de Gallardon et Bullion) à la ville de Gallardon en 1913, date à laquelle elle est classée aux Monuments historiques.


Pourquoi parle-t-on d'Epaule de Gallardon ? 


1/ parce que sa forme rappelle celle d'une épaule de mouton !
2/ Une autre interprétation trouvée dans un vieux texte parle du deshonneur. En effet autrefois une fille déshonorée étant appelée "bête épaulée", ce qui aurait pu par extension être le cas de la forteresse .... (ref1)





L'Epaule de Gallardon aujourd'hui


En 2014, la municipalité met en valeur le site rendu plus accessible (euh .. quoique les gravillons, ce n'est peut-être pas le mieux quand on a des difficultés pour se déplacer ... moi je dis çà, je dis rien einh ... ) et agréable car nettoyé, dégagé et fleuri, et des panneaux explicatifs jalonnent la ville dont 2 concernent directement l'Epaule (1 sur le site, et un plus bas dans la ville
 concerne l'enceinte).


en chiffres :

hauteur actuelle 38,4 m
diamètre extérieur 18 m - intérieur 9 m
épaisseur des murs à la base 4,5 m - au 1er étage 3 m



Elle est construite en pierre meulière de Germonval, un hameau proche, qui est réputée pour sa solidité, et mélangée de silex, de mortier à la chaux, de sable et de brique pilée.


Le rez-de-chaussée ne comportait aucune ouverture, il devait servir de réserve de nourriture et d'armes, et a une hauteur de 10m.


Epaule de Gallardon

Le premier étage servait de logis pour les soldats et c'est à ce niveau que se situait la porte d'entrée à laquelle on accédait par une échelle. 

Il était voûté d’arêtes en blocage et possédait aussi un puits qui perçait depuis le bas dans la maçonnerie.


On y voit encore une archère et la trace du conduit du foyer qui monte dans l'épaisseur du mur jusqu'au sommet ...

Epaule de Gallardon
Archère du 1er étage

Epaule de Gallardon
Archère du 2eme étage - trace de la voûte sur le bas
trous pour poutres au 3eme

Un deuxième étage était séparé du premier par une voûte qui renforçait la structure de la tour. On y voit encore une archère et des vestiges de latrines.
On y accédait par un escalier aménagé dans l'épaisseur du mur.



Au troisième étage on distingue les trous permettant de recevoir les poutres du plancher supérieur. 


créneaux du dernier étage
Le dernier étage comportait des créneaux, merlons et mâchicoulis d'où on pouvait lancer des projectiles sur les assaillants (procédé ramené des croisades par le seigneur de Gallardon au XIIIe).

Selon les panneaux explicatifs du site, l'emprise extérieure du château portait sur 9800 m², en intérieur sur 5100 m².




Syndicat d'Initiative de Gallardon
à côté de la Tour, derrière l'école

SOURCES 

Outre les panneaux informatifs situés dans Gallardon, quelques liens utiles :


* Pour avoir une idée de l'agencement du Gallardon médiéval (le château, son enceinte et les portes) par rapport à la ville actuelle, je vous conseille une visite sur le site de Théodule, dans son article sur l'Epaule de Gallardon il/elle a juxtaposé les "plans" contemporain et un daté de 1750 ... intéressant (bon par contre la photo des remparts n'est pas de Gallardon ... )


* Sur les querelles de Geoffroi et Fulbert, France Ballade et La Revue Archeologique (1854-1855) dans laquelle un article écrit par Doublet de Boisthibaults retrace l'histoire de la forteresse de Gallardon. Beaucoup des détails de mon article sont tirés de celui-ci, plus ou moins recoupées avec les autres sources.


* Chemin historique et touristique en Ile-de-France pour quelques détails architecturaux.

* sur les gravures et estampes de Tassin : Tassin

* le site généalogique de la famille québécoise descendants de Nicolas Pelletier apprenti charpentier originaire de Gallardon au début du XVIIème siècle ! une source d'informations sur le village !

* site du Syndicat d'Initiative de Gallardon

(ref1) Estampes mythologiques des Celtes, Gallo-romains et Francs pantomimés hydrographiquement par les religieux .... par A.Dujardin 1904 (p.112)

(ref2) Bulletin Histoire de la Beauce 1991 - Les Marquis de Bullion - baron et marquis de Bullion, responsables des travaux d'aménagement de Gallardon au XVIIIe notamment sur les routes venant de Chartres et de Montlouet - Certaines des informations dans cet article sont reprises je pense des "Notes historiques sur le Marquisat de Gallardon" écrit par Saunier en 1773.

(ref3)Eglises et Chapelles du Diocèse de Chartres - par l'abbé Ch.Métais - Archives du Diocèse de Chartres (1900) - biblio.Université du Michigan, digitalisé par Google (Les Chapelles de Gallardon p.285 fichier pdf)


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